Le jeu vidéo est-il un art ?
Il y a un moment déjà, je suis tombé sur un Blouske (si le Tweet est à Twitter, le Blouske est à BlueSky) demandant dans la langue de Donald Trump : "Le jeu-vidéo est-il un art ?", et bien sûr, la réponse de suivre : "Et bien je ne sais pas, à moins d'être un lâche ou que sais-je ??"
On cherche encore le rapport entre lâcheté et prise de position philosophico-artistique sur le jeu-vidéo, mais soit.
Inutile de dire qu'aucune discussion n'est possible ; on bloque et on repart, ça écrème le fil d'un imbécile de plus.
Seulement voilà : peut-on décemment opposer un principe sans le défendre intellectuellement ? Etudions la question.
De quoi parle-t-on en parlant d'art ?
Il paraît important de définir les termes employés. Réflexion apprise au lycée normalement. "L'art" n'a hélas pas de définition claire. Les philosophes s'étripent depuis plus de 4000 ans, et ce n'est toujours pas un internaute aléatoire sorti de BlueSky qui va prétendre trancher la question.
Les grecs représentaient les arts par les 9 muses, mais auraient-ils pu anticiper l'apparition d'arts comme le cinéma ou la bande dessinée ?
Il se trouve néanmoins quelque classification qui satisfait le plus grand nombre par ses grands principes généraux qui rassemblent les esprits. Et bien sûr, cette classification vient du verbieux (et quelque peu ennuyeux) Hegel. Il serait dur de citer des passages complets, l'homme aime parler. Appuyons-nous sur une synthèse du traducteur :
L’esthétique est la science du beau. Le beau se manifeste dans la nature et dans l’art ; mais la variété et la multiplicité des formes sous lesquelles s’offre la beauté dans le monde réel ne permettent pas de les décrire et de les classer systématiquement. La science du beau a donc pour objet principal l’art et ses œuvres ; c’est la philosophie des beaux-arts.
[...]
D’abord l’art est un produit de l’activité humaine, une création de l’esprit. Ce qui le distingue de la science, c’est qu’il est le fruit de l’inspiration, non de la réflexion. Sous ce rapport, il ne peut s’apprendre ni se transmettre, c’est un don du génie, rien ne saurait suppléer au talent dans les arts.
- Charles Bénard, "Essai analytique et critique sur l’Esthétique de Hegel"
Ca paraît compliqué ? Et encore, c'est la synthèse ! Je vais tâcher de synthétiser à mon tour, à grand renfort de raccourcis, aussi il faut me faire confiance. Vous avez le droit de le refuser, auquel cas lisez tout Hegel (et comprenez-le) pour vous faire une idée.
- L'art se définit selon son rapport matériel et sa finalité. Il y a le contenu (ce qu'on exprime) et la matière (ce qui est nécessaire à cette expression).
- L'art a trois grandes Formes :
- Le symbolique : l'art est à son début, l'idée est vague et abstraite. Le matériau final est plus imposant que son idée. La statue d'un Dieu Egyptien représente le Dieu.
- Le classique : l'idée rencontre sa forme. Le matériau devient un vrai vecteur de l'idée. La statue d'un Dieu Grec est le Dieu.
- Le romantique : l'idée prédomine, est absolu. Le matériau devient une coquille vide, presque inutile. Aucune statue du Dieu Chrétien ne pourrait représenter Dieu.
- Les arts sont ordonnés selon leur besoin matériel, la lourdeur de ce qui est nécessaire pour que l'Esprit pénètre la matière.
De fait, Hegel classe ainsi les premiers 5 beaux-arts qui feront date dans la classification universellement étudiée et acceptée socialement :
- L'Architecture : Matière ++, Contenu --
- La Sculpture : Matière +, Contenu -
- La Peinture : Matière ~, Contenu ~
- La Peinture : Matière -, Contenu +
- La Poésie : Matière --, Contenu ++